05 avril – 05 juin 2025
“Yi” Gallery, Longquan Wangou Ceramic Art Avenue, Longquan, China.

LANDSCAPE INTERRUPTED Veronika Horlik | CÉRAMIQUE ContempORAINE | ForÊt, FEU & Sculpture Immersive.
Les œuvres présentées dans Landscape Interrupted explorent le paysage forestier canadien dans le contexte actuel de l’intensification des incendies de forêt qui marquent profondément notre territoire et notre imaginaire collectif. À travers une pratique de sculpture céramique contemporaine, je questionne les transformations environnementales liées au feu et à la gestion des forêts.
Entre mes mains, l’argile se métamorphose en bois calciné, sombre et monumental, évoquant les débris qui jonchent le sol après le passage des flammes. Cette matérialité brute et massive dialogue avec une dispersion d’éléments d’un blanc éclatant — flocons, étoiles et feuilles de porcelaine — créant un contraste visuel fort et orientant le regard vers un point focal précis. L’installation immersive met ainsi en tension destruction et régénération, poids et légèreté.
PRÉFACE DE L’EXPOSITION
Les œuvres réunies dans Landscape Interrupted abordent les thématiques du paysage forestier canadien dans le contexte actuel de l’intensification des incendies de forêt dévastateurs qui ravagent notre planète.
Entre mes mains, l’argile devient bois calciné, sombre et massif, faisant écho aux débris qui jonchent le sol après le passage du feu. En fort contraste, une dispersion du blanc le plus éclatant — flocons de neige, étoiles et feuilles de porcelaine — attire le regard vers un point focal précis.
Dans ma province natale, le Québec, l’expression « neige en peau-de-lapin » désigne un phénomène où de larges cristaux de neige touffus plats tombent doucement du ciel, rappelant la douceur et la blancheur du pelage d’un lapin en hiver. Ce temps hivernal est doux, sans vent — un moment presque magique de suspension et d’émerveillement. Lorsqu’un flocon se dépose sur la manche de votre manteau, il est difficile d’en détourner les yeux avant qu’il ne fonde, tant son motif délicatement complexe captive le regard. Dans cet instant bref, vous êtes ancré dans l’ici et maintenant, pleinement présent, libéré des préoccupations et des pensées qui encombrent l’esprit.
Dans le ciel, une constellation est formée d’étoiles dont certaines sont proches, d’autres plus lointaines, certaines même éteintes depuis longtemps, leur lumière voyageant à travers l’espace pour nous parvenir depuis un passé lointain. Ce n’est que depuis notre perspective particulière, ici sur Terre, dans le présent, qu’elles semblent adopter une configuration signifiante. Nous pouvons envisager nos environnements naturels comme des « constellations », porteurs d’un message sur ce qui a été, ce qui est devant nous et les régénérations possibles à venir.
Créer des œuvres qui me confrontent physiquement, à l’échelle de mon propre corps, est mon format privilégié. Je souhaite que le travail interpelle le spectateur de manière similaire.
« Le plus lourd des fardeaux est l’image de l’accomplissement le plus intense de la vie. Plus le fardeau est lourd, plus notre vie se rapproche de la terre et plus elle devient réelle et véridique. Inversement, l’absence absolue de fardeau rend l’homme plus léger que l’air, l’éloigne de la terre et le rend à moitié irréel, ses mouvements étant aussi libres qu’insignifiants. Que choisir alors ? Le poids ou la légèreté ? » (Milan Kundera, L’Insoutenable légèreté de l’être).
Au-delà d’une simple opposition entre le « poids des fardeaux » et la légèreté détachée, je cherche, à travers les paysages forestiers canadiens, à imaginer ce qui pourrait advenir si une perspective inclusive était adoptée — une perspective où notre existence pesante coexisterait avec la légèreté et l’attention consciente d’une neige « peau-de-lapin ».
La poétique céramique de Veronika engage un dialogue avec la tradition millénaire du céladon de Longquan. Sa transformation de l’argile en « bois » calciné en céramique fait écho à la sagesse ancienne des artistes du céladon — ces deux processus témoignent d’une renaissance métamorphique (à travers le feu du four à 1300 °C) de la terre au cœur des flammes. Tout comme les craquelures glacées du céladon continuent à se fissurer subtilement pendant des décennies après la sortie du four, dans les crevasses des sculptures de bois calciné présentées dans l’exposition, de nouveaux récits de vie prennent silencieusement forme.
« J’ai choisi de venir créer à Longquan parce que cet endroit est le berceau de l’innovation céramique depuis l’Antiquité. En étudiant les minéraux de glaçure près des vestiges des anciens fours, j’ai eu l’impression de toucher la persévérance des artisans d’autrefois, qui expérimentaient sans relâche l’argile et les glaçures. Aujourd’hui, je poursuis moi aussi cette expérimentation, observant et capturant les transformations des pâtes et des couleurs de glaçure dans les feux des fours de Longquan. En ce lieu, je souhaite prolonger l’esprit d’exploration et d’innovation porté par les habitants de cette terre. Le sol, l’eau et les feux de Longquan sont des symboles spirituels de la continuité de la civilisation, permettant un dialogue à travers le temps et l’espace par la glaçure céladon et la matière argileuse — preuve que la tradition n’est pas un héritage figé, mais une entité vivante qui continue de croître et d’évoluer. »
Veronika Horlik




























