573 ̊ Biennale de céramique Virginia McClure 2018

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Jars pour Oscar, Plateaux pour Gizella

573 ̊ Biennale de céramique Virginia McClure

2018

Biscuiterie Oscar — un magasin magique rempli de piles de boîtes colorées, des caisses en vrac de barres de chocolat, des biscuits, et des bonbons. Oscar, l’amant secret avoué de ma mère, était notre petit secret. Elle insistait sur le fait que mon père ne devait jamais le savoir, « Une femme ne dit pas à son mari qu’elle fréquente quelqu’un de plus sucré ».

Chez Oscar, je parcourais les allées, déconcerté devant la quantité et la variété de décadence. En observant d’autres femmes là-bas, quelques-unes avec leurs enfants, j’imaginais quels mensonges elles allaient inventer et dire à leurs maris àpropos d’où elles se trouvaient ce jour-là. Nos achats habituels :des Oh-Henry ! en morceaux, des Kit-Kat, M. Big, des barres Secret, même leurs noms me paressaient illicite, déluré, pour mon jeune esprit de 7 ans. Ces chocolats étaient vendues en vrac à prix réduit et sans papier d’emballage, tous rejetés pourleurs imperfections esthétiques par leur usine d’origine : secret, sucré, imparfait, des sacs de chocolat en vrac rempli de mystèreet de bonheur.

Quand je lui demandais si elle allait raconter un jour à mon pèrenos escapades chez Oscar, ma mère répondait « Une femme ne le dit à son mari qu’après l’avoir trompé 100 fois. Après 100 visites avec son amant, la satisfaction ne dure plus ».

Parmi ces conversations taquines (et à moitié sérieuses) avec ma mère, le magasin Oscar était personnifié dans son imagi- nation (et la mienne) : un amant possédant la promesse d’un délice sucré.

Veronika Horlik

 

tiré du catalogue de 573:

DISCUSSION

Lors d’une résidence d’artiste à Medicine hat (Medalta) enAlberta, Veronika horlik découvre tel un trésor des outilsoubliés, désuets, voués à une postérité muséale. elle décidede redonner vie à une machine ancestrale afin de réaliser des jarres de gros format. en se réappropriant ces tech- niques anciennes, Véronika horlik redécouvre des gestes oubliés, elle se confronte à la matière à bras le corps. une aventure extraordinaire.

Ces nouvelles créations permettent à Veronika horlik dedépasser ses limites techniques. tournage, gravure, émail-lage et cuisson sont autant de défis sur de telles œuvres. Ainsi, lors des premières cuissons, Veronika confron- tée à ces énormes objets, déstabilisée par ampleur de ces créations, impatiente de passer ses jarres par le feu paiera le prix de la précipitation : fissures, cassures, bris. heureusement la majorité survivent, mais l’avertissement est clair : la matière ne répond pas aux lois de la céramiste, c’est elle qui doit s’adapter et accepter les contraintes de l’argile qui a besoin de respect et de temps pour se trans- former en céramique. le séchage des pièces et le passagedes 573 degrés ne sont pas anodins avec de telles œuvres.

réinterprétant ainsi ces objets au passé glorieux afin de s’approprier leurs présents, ils deviennent les pièces à conviction d’une histoire pas si ancienne, la sienne. souvenirs oniriques d’une petite fille et de sa maman au magasin de bonbons…

Commissaire: Luc Delavigne

 

Luc Delavigne : Votre savoir-faire est pour vous un allié ou est-il inhibiteur ?

Veronika Horlik : À la fois allié et inhibiteur, mon expé- rience et mon savoir-faire me permettent de transformer de façon concrète mes idées, avec facilité et précision. Àtitre d’enseignante cependant, je suis témoin jour après jourdu talent créatif de jeunes artistes novices ; ils ne sont pas alourdis par les règles qui s’appliquent à une matière, har- nais de connaissances. leur inexpérience leur permettent d’innover et de voir au-delà de l’habituel, des limitationsdu savoir-faire. les professionnels portent des œillères quiles lient à ce qu’ils savent.

Dans mon projet pour la biennale, je me suis efforcée à travailler dans un esprit de juste-milieu. Avec chaque pla- teau, je puisais dans mon vaste répertoire d’expérience entant que céramiste — tout en m’assurant d’aller au-delà dece que je sais — d’expérimenter, de pousser mes propres bornes par rapport à ma discipline, de jouer quoi !

Dans mon travail antérieur je m’intéressais aux forêts cana-diennes, notre perception de la destruction de la nature et sa régénération face aux incursions industrielles. dans cette nouvelle série, je m’adresse à des événements plus personnels : les vices secrets de nos parents et comment ceux-ci ornent nos vies, façonnant nos perceptions pourle meilleur ou pour le pire. les contraintes de ma discipline me servent de balises. telles les limitations d’une structureguidant la poésie, les limites de ma discipline – les lois de la matérialité inhérente à la céramique – servent de cadrepour exprimer quelque chose de précis. travailler avec descontraintes permet d’ouvrir sur des résultats, des possibi- lités plus ciblées – des possibilités que je n’aurais jamais su exploiter autrement.

Luc Delavigne : Quel est votre rapport à la technologie ?

Veronika Horlik : Chaque technologie a le potentiel d’être autant un far- deau qu’une bénédiction ; l’apparition de nouvelles techno- logies est un processus continu dans toutes les sphères de notre monde. un danger existe selon moi quand on perçoitune nouvelle technologie comme possédant une valeur intrinsèque. par exepemple, de nos jours, il y a un certain fantasme qui entoure la technologie d’imprimantes 3d céramique. plus l’outil est complexe, plus le risque existe que son usage usurpe l’expression authentique.

Chaque outil de céramiste, du plus petit instrument à graverau plus gros four électronique, est en soit une forme detechnologie. il manifeste sa valeur dans la manière que l’on aura choisi de l’utiliser. il faut se méfier, je crois, des notions qui prêchent un avenir meilleur avec la simple apparition denouvelles technologies car celle-ci peut diriger la créationet même la transformer. il faut une pensée innovatrice pourpousser une technologie vers de nouvelles utilisations.

« il n’est pas défendu, en littérature, de ramasser une armerouillée ; l’important est de savoir aiguiser la lame et d’en reforger la poigné à mesure .»

— Alphonse daudet (trente ans de paris, 1888)