série BURN

Vue d’installation, Galerie d’art d’Outremont, février, 2013.

Vue d’installation, Galerie d’art d’Outremont, février, 2013.

Veronika Horlik en entretien avec Xavier Lacroix, Radio Canada Côte-Nord

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(2009 – 2013)

Dans L’Insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera écrit : “Le plus lourd fardeau est l’image du plus intense accomplissement vital. Plus lourd est le fardeau, plus notre vie se rapproche de la terre et plus elle est réelle et vraie. Inversement, l’absence absolue de fardeaux fait de l’homme un être plus léger que l’air [...] ses mouvements aussi libres qu’ils sont insignifiants.”  Dans son roman, Kundera juxtapose deux univers contradictoires ; une existence lourde (où nos actions d’aujourd’hui s’enlisent, alourdies par notre passé) à celui d’une légèreté d’esprit (où le sens de notre vie se forme à travers le simple hasard et les rencontres fortuites). Cette vue dualiste d’un passé lourd opposé au moment présent immatériel, où l’épanouissement de soi semble impossible, nourrit ma démarche artistique.

Mes céramiques sculpturales s’inspirent de mon expérience de travail en reboisement dans le Nord canadien. L’image de matières organiques calcinés provient de paysages forestiers appelés « burns »: terres doublement dévastées soumises à la coupe d’arbres et ensuite au feu de forêt. Dans ces terrains de sylviculture brûlés, l’incursion industrielle côtoie les forces et la beauté de la nature.  Dévastés et magnifiques à la fois, ces lieux offrent un regard singulier sur les phénomènes de destruction et du perpétuel renouveau. Issus de la forêt, ces phénomènes m’interpellent en tant que métaphore de la condition humaine. Nos moments d’accablement et de désespoir ne sont que des situations intermédiaires et transitoires : à chaque moment nous avons entre nos mains la capacité de nous renouveler. Les œuvres de la série BURN (2009-2013) suggèrent un changement potentiel de leurs positions d’origine : masses inclinées d’un angle aigu, structures sur roues prêtes pour le déplacement, sculptures retenues en place par des courroies industrielles détachables.

En forçant une relation entre objet et image, ce travail de sculpture met en valeur la matérialité de la céramique, et l’effet sur notre compréhension de l’objet quand elle se retrouve en relation contiguë avec une représentation bidimensionnelle. Trois propos se manifestent simultanément dans les œuvres de sculpture de la série BURN: 1) les paysages brûlés de l’industrie de sylviculture; 2) un jeu visible de poids et d’un équilibre peu probable; et 3) une juxtaposition de médiums bidimensionnel et tridimensionnel.

Le titre, BURN BABY BURN,  provient de la chanson “Disco Inferno”, The Trammps, 1976.  C’est sur l’attitude provoquant et intrépide dans cette chanson, de même que sur la réalité des effets de feux et de l’industrialisation sur nos forêts canadiennes, que repose les grand thèmes de ce corpus de travail.   Il ne faut pas atténuer nos passions et non plus nos moments d’accablement, mais plutôt les vivre à fond, les laisser brûler dans une chaleur des plus intenses… pour ensuite pouvoir passer à autre chose!